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18 Sep

La nature : Principes

Publié par Pascal Jacob  - Catégories :  #Terminales

La nature : Principes
La découverte de la nature

Quand on parle de nature, on parle d'un ensemble de choses qui ne sont pas faites par l'homme, comme les arbres ou les animaux, par opposition aux choses qui sont faites par l'homme, et qu'on appelle les produits de larves de l'artisanat.

Comme l'explique Léo Strauss, dans son livre droit naturel et histoire, au chapitre 3, la découverte de la notion de nature résulte d'un éloignement aussi bien des explications religieuses du monde que des coutumes propres à chaque civilisation. En effet autant le comportement des hommes peut varier en fonction des religions ou des lois humaines, autant le comportement des choses que l'homme n'a pas faites semble avoir son principe dans les choses elles-mêmes.

Ce qui caractérise les choses de la nature, c'est à dire les êtres naturels, c'est pour Aristote la mobilité. C'est à dire non pas nécessairement le mouvement, mais la possibilité d'être en mouvement, qui implique aussi le fait d'être en repos. Ce qui fait d'un être qu'il est naturel, c'est donc qu'il a en lui son propre principe de mouvement et de repos. Or un mouvement naturel a toujours un point de départ, ainsi qu'un terme, et concerne bien entendu un sujet qui est en mouvement. En ce sens, d’un point de vue aristotélicien, la lune est en repos autour de la terre, c'est à dire qu'elle se repose dans son orbite, qui est son lieu propre. La plante a un mouvement de croissance, caractéristique de la vie, et ainsi chaque être possède son mouvement ou son repos naturel. Ce qui caractérise particulièrement ce mouvement, c'est qu'il est tendu vers une finalité, un terme, qui est aussi pour cet être son bien naturel. Ainsi la plante puise sa nourriture dans la terre, grandit grâce à cette nourriture, puis engendre d'autres plantes. Tout se passe comme si la plante avec comme finalité naturel de reproduire d'autres plantes. Toute chose, comme le dira plus tard spinoza, tend à persévérer dans son être.

Cette vision de la nature a dominé la pensée jusqu’à Descartes et Galilée, au 17e siècle, lorsqu'on va commencer à ne considérer dans la nature que ses mécanismes matériels. Pour un physicien moderne, en effet, seul compte ce qui peut être appréhendé d’un point de vue quantitatif, c'est à dire mesuré et traduit par un chiffre. La vision aristotélicienne, est plus large et mérite d'être reconsidérée. En effet la vision moderne, en ne s’intéressant qu'à ce qui est mesurable par nos instruments, laisse de côté naturellement tout ce qui n'est pas mesurable, et qui pourtant appartient à la nature, comme par exemple la liberté humaine, ou encore la pensée.

Le mot «  nature » a encore le sens d’essence. Nous parlons parfois de la nature d'une chose. C'est qu'en effet le principe immanent de mouvement et de repos que Aristote appelle nature est également l'essence même de la chose, mais le mot nature ajoute que cette essence et le principe dynamique du mouvement d'un être naturel vers sa fin naturelle qui est aussi son bien.

Aristote distingue dans l’être naturel trois principes naturels, c’est-à-dire trois principes du mouvement. Il y a bien sûr un sujet qui demeure dans le changement, car c’est bien la même eau qui devient chaude alors qu’elle était froide. L’idée qu’il y a bien quelque chose qui change est fondamentale. Il y a ensuite le point de départ du mouvement, qu’Aristote appelle privation, et enfin le terme du mouvement, qui est sa fin naturelle.

La position d’Aristote se situe entre une position purement mécaniste, telle que là soutiendra Laplace par exemple, et une position plus spiritualiste qui sera par exemple celle de Bergson. Aristote ne nie pas qu'il y ait évidemment des lois nécessaires auxquelles obéit la matière, mais pour lui, cette nécessité est entièrement tournée vers une finalité.

Aristote a une vision de la nature extrêmement large, puisqu'il cherche à en comprendre toutes les causes : 

 

La question « pourquoi » renvoie à la recherche de la cause[1], plus précisément à la cause qui permet de comprendre toutes les autres. Suivons un moment Aristote dans ses Physiques.

Personne ne croit savoir une chose avant d’avoir saisi le pourquoi de cette chose (c’est-à-dire saisi sa cause première) (…)

Ainsi savoir c’est avoir saisi le « pourquoi ». Mais le philosophe ne se contente pas d’une cause : ce qu’il veut c’est connaître l’ensemble des causes et notamment celle qui est première et qui donc explique toutes les autres. C’est cela la « sagesse » que les grecs appellent sophia et que le philo-sophe désire et recherche. Ce que va montrer ensuite Aristote, c’est que le mot renvoie à des réalités diverses.

En un sens, on appelle cause ce dont une chose est faite et qui y demeure immanent : ainsi l’airain est cause de la statue, l’argent de la tasse et les choses plus générales que l’airain et l’argent sont causes aussi de la statue et de la tasse.

Aristote parle ici de la matière, qui est bien cause au sens où un objet dépend bien, dans son être et son devenir, de la matière dont il est fait.

C’est parce qu’une planche est en bois qu’elle flotte.

En un second sens, on appelle cause la forme et le modèle, je veux dire la définition de la quiddité et aussi les choses plus générales qu’elle : ainsi le rapport de deux à un est la cause de l’octave et encore, d’une manière générale, le nombre et tout ce qui fait partie de la définition du rapport de deux à un.

Aristote parle ici de la cause formelle : « la forme et le modèle ». Une même matière, disposée selon une forme différente, va être des choses diverses.

Avec des pierres (matière), je peux construire un hôpital ou une école, ou encore une prison. C’est bien la forme que l’on donne à cette matière qui va en faire telle ou telle chose, qui va donc lui donner ce qui est ici appelé sa « quiddité ». Plus généralement donc, la quiddité d’une chose (c'est-à-dire son essence, ce qu’elle est) est une cause de l’être et du devenir de cette chose.

A la question « pourquoi un carré a-t-il telle propriété ? »(des diagonales égales) le mathématicien répond : « en raison de la définition d’un carré, c'est-à-dire de ce qu’il est, je peux déduire qu’il a nécessairement cette propriété ».

La cause formelle est donc dite par la définition, et c’est pour cela qu’elle est une cause très nécessaire que recherche toute science. En effet, lorsqu’on peut démontrer qu’une propriété appartient à un être en raison de ce qu’il est essentiellement, alors cette démonstration est très certaine.

Aristote prend un exemple musical. L’octave a comme cause le rapport de deux à un. A partir de là, on peut découvrir tout un ensemble d’accord à partir de la seule analyse de cette proportion.

On comprend bien que la difficulté sera de se mettre d’accord sur ces définitions :

Si par définition un médecin est celui qui possède et exerce l’art de guérir, alors il est manifeste, en vertu de cette définition, que le médecin ne saurait avoir le droit moral de tuer.

Si par définition la politique est l’art de gouverner des êtres libres, alors par définition un régime totalitaire n’est pas un régime politique.

En un autre sens encore, on appelle cause ce dont vient le premier commencement du changement ou de la mise au repos : ainsi l’auteur d’une décision est cause, de même le père est cause de l’enfant et, d’une manière générale, l’efficient est cause de ce qui est fait et ce qui fait changer de ce qui change.

La troisième cause décrite ici est la cause agente, dite aussi efficiente. Elle est la cause de l’apparition d’un être ou de sa transformation. Les exemples que prend Aristote sont intéressants : l’auteur d’une décision est cause de cette décision. C’est toutefois un agent libre. C’est pourquoi c’est une cause qui n’est pas aussi nécessaire que les autres causes naturelles.

 Le père est cause de l’enfant, mais ici au sens où c’est la cause qui l’engendre.

Ce qui est commun entre ces deux exemples, c’est qu’il s’agit toujours de ce qu’Aristote appelle la nature, qu’il définit comme « principe de mouvement et de repos ». Ainsi nous disons que, par nature, le loup chasse l’agneau. Le loup n’a pas la liberté de délibérer pour se poser la question de savoir si, d’un point de vue moral, cela est convenable. De la même façon, la volonté humaine veut, par nature, ce que la raison lui présente comme quelque chose de bon, c'est-à-dire comme susceptible de rendre l’homme meilleur.

En un dernier sens, on appelle cause la fin, je veux dire la chose qu’on a en vue : ainsi la santé est la cause de la promenade. En effet, pourquoi la promenade ? C’est, disons-nous, afin d’avoir la santé et, en parlant de cette manière, nous croyons avoir indiqué la cause[2].

Cette cause est appelée « cause finale », elle est à la fois celle qui éclaire le plus notre intelligence et celle que la science moderne tend à laisser de côté.

Lorsque nous voyons un animal courir après un autre, nous cherchons d’abord sa finalité : veut-il le manger ? Nous préférons dire qu’un oiseau a des ailes parce cela lui permet de voler, plutôt que de nous contenter de dire que c’est à cause de l’évolution.

 

[1] On définira la cause ainsi : « ce dont dépend une chose dans son être et dans son devenir ».

[2][2] Aristote, Physique, II

 

[1] Léo Strauss, Droit naturel et histoire, chap. 3

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