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08 Sep

Introduction

Publié par Pascal Jacob

La vallée des Cèdres
La vallée des Cèdres

Généralités

But du cours
Les moyens

Le premier, bien sûr, est le cours. De ce cours, il faut retenir trois types de connaissances : d’abord les définitions qui sont données pour chaque notion, et qui peuvent varier d’un auteur à un autre, ensuite les distinctions qui sont établies au sein d’une notion, enfin les thèses argumentées d’auteurs : ces thèses, qui sont parfois exprimées sous forme de citations, ne valent pas comme des arguments d’aurité, c’est pourquoi il faut qu’elles soient argumentées.

C'est dès ce moment que les auteurs nous intéressent, parce qu'ils nous proposent un certain nombre de définitions, parmi lesquelles il nous faudra chercher la plus pertinente pour notre propos lorsque nous composerons une définition.

Le second moyen, c’est la participation en classe. En essayant de confronter sa pensée, ou de la construire à l’aide d’un autre. Cet autre, c’est le texte, le professeur, un élève… ou soi-même.

Le troisième moyen, sans doute le plus indispensable, est le travail personnel, qui peut prendre deux grandes formes : la lecture, seul ou à plusieurs, de textes philosophiques ; l’écriture, c'est-à-dire le développement sur un sujet choisi d’une réflexion personnelle. La raison en est que notre pensée n’est vraiment formée que lorsque nous l’exprimons par des mots à l’extérieur de nous-mêmes.

Comme on l’a dit, il faut recueillir du travail philosophique (cours, lecture…) des définitions, des distinctions, et des thèses argumentées.

Des définitions : Si l’on veut parler d’un sujet, par exemple la passion, il est utile de savoir en donner une définition qui dise bien la réalité dont on veut parler. Ainsi, on dira que la passion est un mouvement affectif. Si l’on veut parler du désir, on dira qu’il est une passion causée par l’espoir d’un bien.

Des distinctions : Il sera aussi nécessaire de distinguer un notion de ce qui n’est pas elle : par exemple il faudra voir la différence entre désir et volonté, entre passion et sentiment. Mais il faudra également distinguer au sein même de la notion, par exemple entre des désirs naturels (se cultiver) qui mènent à un certain bien être, et des désirs vains (être immortel), qui sont source de frustration ou d’angoisse.

► Ensuite des thèses argumentées, soutenues par tel ou tel auteur, et combattues par d’autres : Par exemple,

au sujet de la connaissance :

« Il n'y a rien dans notre intelligence qui ne soit d'abord passé par les sens » (Locke)

ou encore

« Nous avons en nous des notions innées » (Descartes)

au sujet de la religion :

« La religion est l’opium du peuple (Marx)

ou bien

« L’homme est un animal religieux » (Maritain)

Les difficultés

La première concerne notre rapport au langage, qu'il soit parlé ou écrit. Nous ne sommes plus dans une culture de l’oral, ni même de l’écrit, mais dans une culture de l’image, qui accorde une suprématie presque exclusive à l’image et au retentissement qu’elle peut avoir sur notre émotivité. Aussi avons-nous du mal à concevoir ce qui ne s’accompagne pas d’une image, et à nous intéresser à ce qui ne frappe pas notre émotivité. Sans parler de la maîtrise de la grammaire et du vocabulaire, qui bien souvent ne permettent pas d’accéder au sens même littéral d’un texte philosophique. Reconnaissons ici que les nouveaux moyens de communication (messagerie instantanée, réseaux sociaux type Facebook), malgré leurs avantages, fragilisent notre capacité à exprimer une pensée réfléchie et critique, parce qu’ils nous invitent à nous exprimer avant tout recul, dans l’instant.

Or il est évident que la richesse du vocabulaire compte dans notre perception du monde. Le langage est en effet ce qui me permet d'exprimer mon expérience du monde et d'en transmettre le sens.

Au contraire, une culture de l’image est une culture de l’immédiat, de la spontanéité. Jusqu’où, par le langage, la société nous façonne-t-elle ?

« [La présence de la société] est plus ou moins marquée selon les hommes ; mais aucun de nous ne saurait s'isoler d'elle absolument. Il ne le voudrait pas, parce qu'il sent bien que la plus grande partie de sa force vient d'elle, et qu'il doit aux exigences sans cesse renouvelées de la vie sociale cette tension ininterrompue de son énergie, cette constance de direction dans l'effort, qui assure à son activité le plus haut rendement. Mais il ne le pourrait pas, même s'il le voulait, parce que sa mémoire et son imagination vivent de ce que la société a mis en elles, parce que l'âme de la société est immanente au langage qu'il parle, et que, même si personne n'est là, même s'il ne fait que penser, il se parle encore à lui-même.[1]

Toutefois, cette présence de la société en nos, jusque dans notre langage, ne nous retire pas la responsabilité de penser par nous-même.

La deuxième difficulté vient de la philosophie elle-même. Comme nous le verrons, elle n’est pas constituée en un corpus définitif, ce qui constitue un double obstacle : d’abord nous ne pouvons pas prendre une thèse philosophique comme une vérité établie et indiscutable : en philosophie, il n’y a pas de théorèmes ;

De plus, chaque notion philosophique possède un contenu infini, dans la mesure où n’importe quelle question philosophique convoque toutes les autres.

Comme nous le verrons, la philosophie est une activité de l'esprit qui cherche à trouver ses appuis non pas dans une tradition ou dans une autorité, mais dans la nature même des choses. Comme tel, un texte n'est philosophique que parce qu'il me permet d'exercer cette activité, ce qui implique que le fait de le répéter simplement n'est pas un acte philosophique.

Il en résulte qu'une affirmation n'est jamais vraie en soi, mais toujours dans la mesure où elle est capable de dévoiler la réalité à mon intelligence. C'est le sens du mot grec alétheia, « dévoilement », que l'on traduit ordinairement par vérité.

Il faut ici éclaircir un peu notre rapport à la vérité, qui peut prendre plusieurs formes. Chacune de ces formes correspond à un type de philosophie. Ce rapport peut en effet prendre une forme idéaliste, dont le modèle est Platon. On parle alors de la Vérité comme d’une Idée, mais une Idée qui est pour nous comme une chose. On cherche alors à savoir ce qu’est la Vérité que l’on appellera alors souvent vérité absolue.

A l’opposé de cette attitude, le rapport à la vérité peut être un relativisme plus ou moins marqué, qui se traduit par la formule « à chacun sa vérité ».

Or ces deux attitudes empêchent, par définition, tout recherche de la vérité. La première, parce qu’elle fait de la vérité une chose, alors qu’il n’y a aucune chose dont on puisse dire « ceci est la vérité », pour la raison très simple que toute chose change. La seconde, parce qu’elle rend cette recherche vaine. Autant alors « s’éclater », c'est-à-dire au sens propre se disperser dans toutes les directions possibles pour atteindre des petits bonheurs, et des petites certitudes.

Le relativisme n’est pas une culture, mais une anticulture, car il interdit à l’esprit de se reposer dans une vérité. Or notre intelligence a besoin de se reposer dans la possession de ce qu’elle considère comme vrai, même chacun sait par ailleurs que la vérité est toujours plus riche que nos représentations. Mais le relativisme oblige notre intelligence à « changer » de vérité au gré des modes, et finalement la paralyse, la rendant ainsi inapte au jugement critique. Au contraire, il est naturel à notre intelligence de partir de vérités communes et confuses (mais très certaines) pour progresser vers des vérités moins communes et plus distinctes (même si elles sont parfois moins certaines).

La troisième difficulté peut sembler paradoxale, c’est l’a priori selon lequel, en philosophie, il n’y aurait rien à apprendre, tout serait une question d’inspiration, il suffirait d’exprimer son génie propre. Or rien n’est plus faux. Comme dans tout exercice (de la pensée ou du corps), on peut avoir des facilités, des dispositions favorables.

Développer une réflexion personnelle ou expliquer un texte demande en réalité du travail. Mais quel genre de travail ? Aristote dit souvent que « le propre du sage est d’ordonner ». Ordonner sa pensée, l’exprimer de manière ordonnée. Le travail de lecture et d’écriture est lié à ce souci : lire, c’est dégager ce qui ordonne un texte, tandis qu’écrire, c’est mettre de l’ordre dans l’expression de ses idées. C’est un vrai travail au sens d’une mise en œuvre de nos capacités d’agir, par laquelle nous transformons une réalité qui est nous-mêmes.

Qu’est-ce donc que lire ? C’est comprendre le message que nous transmet un texte. Mais qu’est-ce que comprendre un message ? C’est en saisir le sens (signification) et la portée, mais aussi la structure. Ainsi, on apprend à lire toute sa vie, et lire consiste surtout à relire.

[1] Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion

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